Ma vie de conseiller en image ( Stefano Venchiarutti-Les Gentils PariZiens)

Publié le par theshootingstars

Ma vie de conseiller en image

Entretien avec Stefano Venchiarutti, de l’agence Les Gentils Pariziens.

      Stefano Venchiarutti vit à Paris depuis 17 ans. Après un bac scientifique et des études de mode (stylisme, design de mode, modélisme), il travaille en tant que styliste intégré et free lance pour différentes marques dans les domaines de l’homme, de la femme, l’enfant, le sportswear, la maison, le design textile et les accessoires, pendant plus de quinze ans. C’est lors de son dernier poste en tant que styliste intégré chez Kenzo qu’il rencontre Denise, associée et co-fondatrice de leur agence Les Gentils Pariziens.

En parallèle de ses expériences mode, Stefano suit des études de psychothérapie, pendant cinq ans. Et c’est là que la révélation se fait. « J’avais d’abord entamé ces études pour ma culture personnelle, et très vite je me suis dit que je pouvais appliquer ce savoir à ma vie professionnelle. »
En 2008, il crée avec Denise l’agence Les Gentils PariZiens pour accompagner les personnes en conseil en image, personal shopping, conseil en déco et identité visuelle. Rencontre avec un passionné.

 Myfashionblog : Quelles ont été les motivations de ta reconversion ?

 Stefano Venchiarutti : J’avais fait le tour du métier de styliste et vécu des moments fantastiques, notamment chez Kenzo. Mais je me sentais dans une bulle, sentiment propre à un milieu de la mode décalé par rapport à la réalité. J’avais envie de vrais contacts, d’accompagner et de coacher des personnes de façon plus intime. Ma formation en psychologie m’a permis de prendre du recul, et de commencer à concrétiser mes aspirations. Et puis, depuis très longtemps, mon entourage me sollicitait pour que je les aide à choisir un costume pour un mariage, une paire de lunette, une couleur pour repeindre une chambre, ou encore me demandait de dessiner un faire part, ou de donner l’adresse d’une boutique pointue. J’avais très envie de travailler avec Denise, notre collaboration chez Kenzo ayant été fructueuse et très agréable. L’idée de faire du conseil en image dans les domaines de la mode, de la déco et du graphisme nous a paru évidente, forts des spécificités de chacun et de notre double regard, masculin et féminin.


As-tu dû suivre une formation spécifique ?

Non, je suis surtout riche d’une expérience professionnelle de plus de quinze ans en tant que styliste/modéliste, et de mon cursus en psychologie. Ce qui est important dans le conseil en image, c’est de cerner la personne en profondeur, en observant et en écoutant avec bienveillance. On est autant, voire plus, dans le « savoir-être » que dans le savoir faire. Derrière chaque « problème » de look, il y a une réelle blessure psychologique. La personne n’ose pas, ne se regarde pas avec objectivité. Elle ne se met pas en valeur et ne s’habille pas en fonction d’elle-même mais en fonction des autres. Il n’y a pas de cohérence entre elle et son apparence. On dit que l’extérieur est le reflet de l’intérieur. On est là pour aider à rétablir un juste équilibre entre l’extérieur et l’intérieur, au-delà même de la simple personnalité d’un individu, au niveau de son soi profond.

A quoi ressemble ton quotidien ?

Je commence toujours ma journée devant mon ordinateur, à me tenir informé des dernières nouveautés, par le biais des blogs et des webzines. Il est important de rester curieux. Minimum une fois par semaine, je prends d’ailleurs le temps d’aller à la découverte de nouvelles boutiques, voir les nouvelles collections, découvrir des expos pour enrichir notre principal outil de travail, le carnet d’adresse de l’Agence. Mes journées s’axent ensuite autour des dossiers clients en cours. Chaque client bénéficie d’une démarche en plusieurs étapes, qui permet de cerner au mieux ses besoins.

 
En quoi consiste ce processus ?

Le premier rendez-vous reste informel, il a pour but de faire les présentations et de mieux connaître le désir du client. Je lui soumets un questionnaire d’approche, que je dépouille ensuite à tête reposée. Puis les choses s’enchainent : rendez vous chez lui pour le débriefing du questionnaire et l’audit de la garde robe, avec les différents essayages, les conseils et le dialogue qui va avec ; puis rédaction du livret illustré personnalisé, qui comporte une trentaine de pages et qui résume les conseils donnés, donne des astuces et explications sur la façon de s’habiller et jouer avec les couleurs. Je passe ensuite au repérage boutique, en fonction du besoin des envies et du budget du client. Je l’accompagne ensuite en shopping, et passe aux essayages des vêtements que j’ai fait mettre de côté.Tout cela concerne le conseil en image, mais nous faisons également de la déco, du personal shopping et de l’identité visuelle, autres prestations qui me permettent de me diversifier et de multiplier les inspirations.


Comment gères-tu la relation qui s’installe avec tes clients ?

J’ai un rapport vraiment intime avec eux. Ils se mettent véritablement à nu au sens figuré, me parlent de leur vie, de leurs doutes, leurs manques, leurs envies, leur passé….  Ils me parlent des parties de leur corps qu’ils aiment et de celles qu’ils n’aiment pas, du manque d’estime et de confiance en eux, de leurs blessures intérieures… Je les écoute, je les rassure. Je les bouscule quand il le faut et les emmène souvent hors de leur zone de confort. Un vrai travail de thérapeute ! Le respect de la confidentialité de ma part est tout aussi important. Comme en psychologie, une confiance s’installe au fur et à mesure de nos dialogues. A la fin de la prestation, certains clients deviennent des amis, et je reste leur confident.


Où se situent les principales difficultés de ton métier ?

La difficulté n’est pas au niveau des clients. Nous intervenons avec bienveillance, en douceur, au rythme de la personne. Si elle fait appel à nous c’est qu’elle est prête à se remettre en question et à travailler sur son apparence. La difficulté se situe plutôt au moment du shopping. L’offre proposée en terme de vêtements et accessoires n’est pas si variée qu’elle n’y parait. Les marques ont tendance à toutes proposer les mêmes produits tendances… Or la mode n’est qu’une proposition ! Je n’encourage à la suivre que si elle va bien à une personne ce qui n’est pas toujours le cas. Aussi il est parfois difficile de trouver la juste tenue dans le budget convenu. L’une des grandes difficultés est notamment la taille… Il est très difficile de trouver des vêtements sympas lorsque l’on cherche des grandes tailles. Il y a vraiment un manque sur le marché français, c’est un réel créneau à développer ! (avis aux futurs stylistes, vous savez quoi faire, ndlr)

 

Quelle partie du métier préfères-tu ? Et celle que tu aimes le moins ?

La rencontre humaine m’enrichit et me touche. Les problématiques exposées sont souvent des choses que j’ai moi-même vécues, ce n’est pas un hasard si je fais ce métier ! Ce que j’aime le moins est l’image erronée du métier que véhiculent les médias. C’est un métier en vogue en ce moment, et le conseiller en image est présenté comme un gardien du « bon goût », avec une faculté à mettre les gens dans des cases. Mais qu’est ce que le « bon goût », et que fait-on des personnes (la majorité) qui n’entrent pas dans les cases… ? On peut tomber très facilement dans le déguisement si le conseil n’est pas adapté à la personne, ce qui est extrêmement regrettable !

 Y a-t-il une personnalité que tu aimerais avoir comme client ?

J’aimerais beaucoup conseiller des personnalités politiques, je pense notamment à certains qui selon moi ne se mettent pas suffisamment en valeur, malgré les conseils des communicants…


Quelles sont selon toi les qualités requises pour exercer le métier de conseiller en image ?

En premier lieu, l’empathie, le respect. L’écoute, la bienveillance, l’humilité et l’honnêteté sont les fondements d’une relation de confiance avec le client. Il faut aussi être curieux, à l’affût des nouveautés et des tendances et posséder de solides bases en stylisme. Et des connaissances en psychologie sont indispensables, dès lors que l’on est dans la nécessité d’appréhender l’intimité des clients.


Quels conseils donnerais-tu à des jeunes qui choisiraient cette voie ?

Encore une fois il s’agit autant de « savoir être » que de savoir-faire. A mon sens, les formations données dans les écoles qui fleurissent en ce moment sont très incomplètes. Une solide expérience en style et en psycho est primordiale pour exercer ce métier de façon sérieuse et honnête.

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